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La prévention du tabagisme auprès des jeunes représente une mesure d'urgence. Si l'on ne fait rien, un jeune français sur 8 mourra prématurément du fait du tabac. Sur une classe de 24, trois élèves mourront prématurément du fait du tabac. Si le tabagisme est installé dans l'adolescence, l'arrêt du tabac est le plus souvent déjà trop tardif pour laisser la santé totalement indemne. De plus, le sevrage tabagique est souvent pénible. La prévention primaire est à la fois la mesure la moins coûteuse, la plus efficace et celle qui est associée à la meilleure qualité de vie pour tous. Les efforts de tous doivent donc se porter vers cet objectif : ne pas commencer à fumer. Il est théoriquement aisé de faire ce choix qui rend plus libre, plus riche et en meilleur santé. Pourquoi faire le choix de dépenser une bonne partie de ses économies dans le tabac, d'y être accroché et de ruiner sa forme et sa santé ?
Si moins de 5% des jeunes fument à 13 ans, 40% fument à 18 ans. La mesure la plus cohérente pour lutter contre le tabagisme est la prévention de l'initiation du tabagisme avant cet âge. Les parents, les grands parents, les enseignants, les éducateurs, les médecins et les autres professionnels de santé de façon informelle ou à l'occasion d'interventions plus formelles doivent jouer ce rôle de prévention en adoptant un discours adapté aux âges des jeunes.
Dans l'enfance et jusqu'au CM2 ou la sixième, les jeunes sont opposés au tabac. Entre 13 et 16 ans la personnalité bascule avec l'arrivée de l'adolescence. Les aspects positifs et négatifs du tabac se mélangent en tout sens. C'est le bouillonnement de la puberté qui permettra de se forger sa personnalité. Après 16 ans l'habitude s'installe, les traits de la personnalité se figent que le jeune adulte soit fumeur ou non fumeur.
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Le langage adapté pour parler aux jeunes du tabac doit être différent pour des âges différents.
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Parler aux enfants jusqu'à 12 ans
La position des jeunes enfants par rapport au tabagisme est presque toujours très tranchée, qu'ils soient ou non entourés de fumeur. Les enfants sont hostiles au tabac et à sa fumée. Les enfants savent globalement que le tabac est dangereux. Ils trouvent que le tabac sent mauvais, pique les yeux et qu'il les gêne. Les enfants ne comprennent pas pourquoi certains fument. Ils comprennent vite que quand on fume on a du mal à s'arrêter. Leurs parents, les oncles et tantes sont autant de modèles négatifs possibles. Ils se promettent que jamais ils ne fumeront. Quand on leur demande de dessiner autour du thème du tabac, ils dessinent la mort, la maladie, des chaînes autour de dessins le plus souvent morbides. Il ne faut en aucun cas renforcer cette tendance déjà naturellement morbide.
Les jeunes enfants sont inquiets de voir mourir leurs parents ou leurs proches fumeurs. Ils sont ainsi inquiets pour eux même. Avant les remous de la pré-adolescence, ils jouissent le plus souvent d'un bon état d'équilibre psychologique. Cet état favorise une bonne appréhension des apprentissages rationnels. Il ne faut pas noircir les effets du tabac mais les présenter objectivement. Il faut s'appuyer sur les bonnes dispositions qu'il présente en les fixant solidement. Les données scientifiques objectives, les images qui lui permettront de comprendre le tabac, le tabagisme et les fumeurs doivent lui être présentées. L'enfant est intéressé quand on lui explique le tabac, la fumée, les substances contenues, les effets observés sur l'appareil respiratoire et le reste du corps. Il faut que l'enfant ait à cet âge une bonne connaissance du tabac et de ses effets, pour être armé pour affronter la tentation tabagique de l'adolescence.
L'expérience réalisée avec le fumeur mécanique ou la bouteille enfumée lui permet de voir directement les goudrons contenus dans la fumée d'une seule cigarette. L'aspect des poumons d'un fumeur et les autres effets objectifs survenant à l'intérieur du corps lui montrent les effets de la fumée du tabac.
Parler aux jeunes de 13 à 15 ans
Le dialogue avec les 13-15 ans est souvent très délicat et difficile à appréhender. En pleine adolescence, alors que la personnalité est en construction, les jeunes refusent des évidences et acceptent des vérités incohérentes. Le jeune qui sort de l'enfance traverse un état de déséquilibre psychologique transitoire, lié aux modifications physiques et psychiques associées à la puberté. Beaucoup de ses décisions sont prises en imitation ou en opposition à quelqu'un ou à quelque chose, sans logique objective pour les adultes qui l'entoure. Chaque adolescent a sa vérité. Pour guider les comportements, comme celui par rapport au tabac, l'argumentation psychologique l'emporte sur l'argumentation scientifique.
La remise en question de l'identification à ses parents, amène l'adolescent à reconsidérer l'autorité de ses parents. Les comportements d'opposition sont fréquents à cet âge. Son entourage, ses copains et copines lui proposent de nouveaux modèles. Le tabagisme s'inscrit parfaitement à l'intérieur de cette problématique qui associe de façon chaotique besoin de s'opposer et de s'identifier.
Il faut aider le jeune à critiquer les bénéfices psychologiques que le tabac est censé lui apporter. Il faut que le jeune réalise que la cigarette, qui à ses yeux symbolise une forme de libération, d'initiation au passage à l'âge adulte, masque une nouvelle forme de dépendance. Fumer n'est pas passer à l'âge adulte. C'est même l'inverse : il y a beaucoup de régression dans le fait de fumer. Tirer sur sa cigarette est voisin du plaisir oral de sucer son pouce et de la succion de la petite enfance. Les adultes fumeurs ne sont pas fiers de fumer car il est difficile de s'en libérer. La description des effets immédiats du tabac peuvent toucher certains enfants. Le calcul de l'argent de poche qui passe en cigarettes, l'aspect désagréable du tabac froid chez les filles, l'effet sur les performances sportives chez les garçons peuvent ou non toucher.
Parler du tabac aux jeunes de 16 à 18 ans
A la fin de la puberté, le jeune retrouve un nouvel équilibre et se forge une identité. Le retour à la raison est à nouveau possible et l'argumentation scientifique objective reprend le pas sur l'accompagnement psychologique.
Le langage a cet âge sera différent chez les jeunes qui ne fument pas, chez ceux qui fument de façon irrégulière et chez ceux chez qui le tabagisme est déjà ancré.
€ Chez ceux qui ne fument pas : Il faut renforcer cette attitude. Un des moyens qui semble efficace est de leur faire prendre en charge leurs camarades, à travers un exposé par exemple.
€ Chez ceux qui fument de façon irrégulière : la confrontation aux inconvénients liés au tabagisme pour la pratique d'un sport de compétition, pour la prise de la pilule contraceptive chez les filles ou du fait de son coût permet parfois de déstabiliser l'habitude naissante.
€ Chez ceux qui fument de façon régulière : il faut analyser leur tabagisme. Ainsi la mesure du CO dans l'air expiré, qui s'élève dès que l'on a fumé quelques cigarettes dans les 6 heures précédantes est de nature à leur faire prendre conscience que la fumée du tabac pénètre dans leur corps et y reste. Le test de dépendance à la nicotine de Fagerström qui mesure la dépendance est aussi bien compris par les jeunes. Il permet à chaque fumeur de voir si il est toujours libre ou s'il commence à perdre sa liberté vis à vis du tabac. Les non fumeurs font spontanément le test pour leur entourage.
€ Les parents et les proches jouent un rôle important à tous les stades de l'adolescence. L'image que donnent les parents, est importante. Les jeunes fumeront d'autant plus que les parents sont fumeurs. A l'inverse, la simple interdiction de fumer n'a pas d'effet véritable, sauf peut être sur la quantité de cigarettes fumées.
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Que disent les parents sur le tabagisme de leurs enfants (source enquête CEE O.M.S.) |
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Tabagisme des enfants selon que les parents déconseillent ou non dans différents pays européens (source enquête CEE O.M.S.).
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€ Les enseignants ont comme les parents un rôle d'exemple qui est essentiel surtout chez les adolescents. Cet exemple est particulièrement important pour les enfants avant 12 ans et chez les grands après 16 ans. Il est nécessaire que les enseignants aient les connaissances nécessaire pour parler du tabac. Il faut en particulier ne pas véhiculer de contrevérités par défaut ou par excès sur les effets du tabac. Il faut apporter une information utile aux enfants fumeurs et non fumeurs, que ce soit dans le cadre des programmes ou en dehors. Les clubs "santé", les exposés faits par les jeunes, et tout ce qui permet aux jeunes de discuter et construire entre eux est très propice à la prévention tabagique.
€ Les éducateurs ont comme les enseignants un rôle d'exemple. En particulier tous ceux qui accompagnent les enfants dans les activités physiques et sportives.
€ Les médecins et le personnel de santé jouent un rôle essentiel par l'image qu'ils donnent et les conseils qu'ils prodiguent. Chez les jeunes filles en particulier, le dialogue tabac ou pilule est souvent efficace. Il est important pour la compréhension des jeunes que l'association entre le tabac et les troubles de santé reste forte, quel que soit l'interlocuteur Des d'informations dissonantes de la part des acteurs de la santé peuvent faire en peu de mots ou de gestes beaucoup de mal.
€ Les jeunes entre eux peuvent conduire des actions qui sont tout a fait efficaces. Quand des jeunes parlent ou conduisent une action contre le tabac, ils arrivent parfois à convaincre leur entourage, mais cela conduit surtout à approfondir leur propre réflexion et se persuader eux-mêmes des effets du tabac, qu'ils auront mieux compris. Le type d'intervention ancre profondément la décision d'être non fumeur a un moment ou ils construisent eux-mêmes leur personnalité d'adulte.
€ Avant 13 ans, l'efficacité de l'information sur les tabagisme des jeunes est bien établie. A cet âge le dialogue avec les adultes est facile, non conflictuel. Les données objectives ont de l'impact. L'explication scientifique est efficace. Les enfants comprennent bien les mécanismes du tabagisme. De nombreuses études ont montré que parler du tabac aux jeunes avant l'âge de 13 ans était associé à une diminution du tabagisme à la fin de l'adolescence et à l'âge adulte. C'est la tranche d'âge où l'efficacité de la prévention tabagique est la plus indiscutablement établie. Il est indispensable de renforcer l'information à cet âge. Cette information est simple et peu coûteuse et peut être faite simplement par les parents, les enseignants ou les éducateurs avec des outils simples.
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Influence de l'information sur la tabagisme en primaire sur le tabagisme des adultes (Source enquêtes Paris Sans Tabac 1991-1995).
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€ Les résultats en terme de diminution du tabagisme à l'âge adulte de l'information et des actions du tabac sur les jeunes de 13-16 ans sont inconnus. Le langage à adopter n'est pas validé. Les évaluations manquent et sont souvent biaisées. De nouveaux travaux sont nécessaires. Le seul mode de prévention à efficacité confirmée est celui qui consiste à intervenir sur les leaders de classes. Et ce sont secondairement ces leaders qui influenceront les comportements des jeunes de leur classe.
€ Chez les jeunes de 16 ans et plus, les résultats de la prévention n'ont pas été correctement évalué en différenciant leur effet chez les non fumeurs, chez les fumeurs occasionnels et chez les fumeurs réguliers.